Marcher, cueillir, chasser, planter, attendre

Introduction au compost-humanisme

(Cours d'épistémologie de l'art, 2019-2020)

L’hypothèse que je voudrais nous soumettre sera de dire que certaines pratiques artistiques et certaines œuvres, si on les prend au sérieux, nous obligent et nous apprennent à reconnaître ces phénomènes qui remettent en cause la séparation stricte de l’humain et du non-humain, et que par là, elles nous donnent accès (par leurs langages et par leurs mouvements) à un monde d’expériences que nous avons tout intérêt à voir se multiplier dans les ruines du capitalisme où nous vivons. (Et bien sûr, il faut être humble sur ces questions, et ne pas nous mettre à voir dans l’art ou la philosophie une panacée à tous les maux nano-, micro- et macro-politiques du CMI. Mais même une contribution minime, à une échelle qui sans doute n’excède pas celle de l’individu et de la micro-communauté de pratiques auquel iel participe, même une telle contribution minime me semble nécessaire d’être renommée.) Là-dessus, une question va nous occuper toute l’année, assez simple en fait : qu’est-ce qu’on fait là, je veux dire, qu’est-ce qu’on fait là dans une école d’art, à faire de la philosophie, sachant que ce dont nous avons besoin, c’est de survivre à l’anthropocène, et donc, d’apprendre à faire et à devenir du compost ? Et c’est une question très sérieuse, je veux dire c’est peut-être la question la plus sérieuse qui soit pour moi aujourd’hui, à savoir : la philosophie et l’art peuvent-ils nous aider à élaborer des stratégies pour vivre dans les ruines du capitalisme ?

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Bibliographie

Ursula K. Le Guin, ”Théorie de la fiction panier”, 1986
Donna J. Haraway, Vivre avec le troube, Les mondes à faire, 2020
Vincianne Despret, Que diraient les animaux si on leur posait les bonnes questions, La Découverte, 2014.
Paul Shepard. Nous n'avons qu'une seule terre, José Corti, 2013.
Baptiste Morizot, Sur la piste animale, Actes Sud, 2018.